Cultiver les ressources humaines de l’ESS ? 

Vous l’aurez sans doute remarqué, évoquer les Ressources Humaines, pis, la gestion des ressources humaines au sein de l’ESS fait facilement poindre une petite gêne. C’est que l’ESS est prompte à se méfier des vocables parvenus jusqu’à elle en ligne directe des entreprises du lucratif. Parler RH ou GRH, ce serait inévitablement vouloir faire rentrer des méthodes de gestion ou de management dont l’ESS se méfie. Pourtant, derrière leur diversité, bénévoles, administrateurs, salariés, entrepreneurs-salariés, bénéficiaires, adhérents, usagers, bénéficiaires, sociétaires ou militants forment bel et bien un ensemble qui vient permettre aux organisations de mener à bien leurs projets. Ils et elles sont bien la ressource humaine de l’économie sociale et solidaire, sur laquelle elle s’appuie en premier lieu et sans laquelle elle n’existerait pas.

Ressource ?

S’il peut aujourd’hui évoquer bien des choses dans la langue française, le mot nous vient cependant de deux origines, porteuses de deux acceptions différentes. C’est d’abord un héritage direct du verbe « resourdre », qui en Ancien Français signifiait ni plus ni moins que « ressusciter ». Si plus tard il adoptera des formes laïques pour évoquer le fait de « se relever, se remettre sur pied », la ressource, littéralement, c’est ce qui permet de revenir à la vie. Mais la « resourse », pour nos ancêtres, c’est aussi le recours, la chose à laquelle on fait appel s’il faut faire faire face à une situation difficile, redresser une armée mise à mal par exemple, pallier une récolte désastreuse. Ou faire face à une épidémie.

L’Economie Sociale et Solidaire ressuscitée ?

C’est bien dans ces deux acceptions que chez Dédale nous entendons parler de ressources humaines. Ces ressources, appelons-les les Richesses Humaines de l’ESS si vous voulez, ce sont bien cette chose sur laquelle il faut s’appuyer aujourd’hui pour traverser aujourd’hui une la crise sanitaire – et ses conséquences économiques et sociales, sans aucun doute catastrophiques, à venir. Mais les Ressources Humaines de l’ESS, ce sont aussi et surtout ce terreau qu’il s’agit de consolider, de préserver, de cultiver et de faire grandir pour permettre à l’ESS de demain de prendre toute sa place dans l’économie de demain. Ne nous y trompons pas, les enjeux sont énormes, notamment en matière d’emploi et viennent, indépendamment de la crise, bousculer l’ESS comme le reste de l’économie. D’autant que, reconnaissons-le, nous avons des marges de progrès en la matière : l’emploi, au sein de l’ESS, n’est pas toujours à la hauteur des enjeux, des valeurs et des ambitions que nous portons.

Pour l’ESS, la ressource, c’est à la fois la finalité et le moyen.

Pourtant, si l’ESS met l’individu au centre de des préoccupations, si elle entend défendre l’intérêt collectif – voire l’intérêt général du territoire, ses ressources humaines ne peuvent pas être comprises comme des instruments ou des outils au service des projets ou des organisations. En matière d’emploi comme de travail, l’ESS se doit de réinventer la solidarité, entre organisations, entre individus. C’est par cette voie de solidarité professionnelle, qui dépassera le spectre de l’organisation ou les affinités sectorielles comme catégorielles pour servir le territoire et les individus qui le peuplent, que l’ESS pourra demain continuer de proposer des modes d’entreprendre autrement, construire une proposition collective qui redonne du sens au travail de chacun. C’est au prix de cet effort, de cette mobilisation collective incluant chacune des organisations de l’ESS, employeuses ou non, que nous trouverons les moyens d’exprimer notre projet, de faire entendre ce que nous voulons pour nos  territoires demain, pour les individus qui les habitent.

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